2) Tu seras une fille, mon fils

Au-delà de ma mémoire consciente, très tôt le destin, a voulu de manière singulière, marquer et placer mon existence, sous le signe de l’ambiguité identitaire, et de la confusion de genre.

Entre 1969 et 1970, tout au long de ma vie foetale, ma mère, la main sur le ventre, attendait patiemment une fille…

Mon frère Didier, lui, avait 4 ans. Etant l’aîné, le premier de la fratrie, il avait été accueilli à la naissance, avec tout l’amour, la joie, et la fierté légitime, que les jeunes parents, submergés totalement, par le bonheur, éprouvent pour leur nouveau-né.

A cette époque l’échographie obstétricale, n’existe pas, puisqu’elle sera introduite en médecine qu’au début des années 1970 ; très peu pratiquée, elle connaîtra un réel développement exponentiel à partir de 1985 et les années 90.

C’est pourquoi, il était d’usage, que les grands-mères, et autres sages, soient la référence en matière de déterminisme sexuel, et que par milles et une astuces, et observations diverses, ils puissent prédire aux futurs parents, le sexe du bébé à venir.

Dans mon cas, le conseil des sages, avait conclu très rapidement, et avec certitude, que je serai une fille.

Quelle bonne nouvelle pour mes parents, avoir « le choix du Roi », c’était l’excellence !

Convaincue de la véracité de cette prédiction, et sûrement portée par le désir immense d’avoir une fille, ma mère, à poursuivie sa grossesse, réjouie par ma venue prochaine.

Lorsque l’on sait, que nous sommes la résultante des expériences de notre vie intra-utérine, ma mémoire prénatale, commençait sérieusement à se charger, des émotions que me transmettait ma mère.

L’influence maternelle, pour la préférence d’un sexe spécifique, sur la vie psychique est émotionnelle du foetus, n’est plus à démontrer.

Ainsi, le lien émotionnel, quasi fusionnel, établi entre ma mère et moi, était les prémices d’une relation « mère-fille ».

Pendant 9 mois, une maman parle régulièrement à son bébé. Séparés uniquement par une mince membrane, cette frontière organique, qu’est le ventre, empêche nullement, les multiples connexions, et contacts sensoriels, de s’établir entre la mère et l’enfant.

Je suppose, que secrètement, elle avait dû projeter, et tracer sur moi, un bel avenir, tout rose, imaginant déjà, cette future complicité féminine, qui nous relierait bientôt.

Mes parents étaient vraiment persuadés, que je serai une fille.

Au point qu’au moment du choix du prénom, qu’ils devaient me donner, un seul fût retenu. Dans la catégorie, prénom féminin, la gagnante est « Nathalie ».

Sa signification est amusante, car ce prénom, vient du latin « natalis », natal, qui dans natalies dies, définit « le jour de la naissance » !

Maintenant, tout était prêt et finalisé pour mon arrivée. Dans cette même logique implacable, il en fût de même, concernant la layette bébé, mon trousseau de naissance, et la préparation de la décoration de la chambre du nourrisson.

Seulement voilà, cette prédestination, ne pouvait continuer, à être organisée et millimétrée, sans la moindre surprise.

Mon père, à 26 ans, militaire de carrière dans la marine nationale, était très peu à la maison à l’époque, car il partait souvent en mission, étant sous-marinier. Ma mère, était donc souvent très seule, comme toutes les femmes de militaire.

Se déplaçant, régulièrement, au fur et à mesure des campagnes militaires, mes parents ont souvent déménagé. C’est ainsi, que mon frère Didier est né en 1965 à Toulon, haut lieu de la marine nationale, avec son port militaire, véritable base navale. S’il était né un petit peu plus tard, il aurait eu la chance d’être Tahitien, car le programme des essais nucléaires Français, avait amené mes parents, à vivre pendant 1 an, à Papeete.

De retour en métropole, cette fois-ci, me concernant, ils vivaient dans un appartement, fourni par l’armée, toujours à proximité d’un port militaire bien connu, puisqu’il s’agissait de Cherbourg.

Pour mon père, les permissions étaient rares, et donc ma mère, restait souvent isolée, avec mon frère. Recevant de temps à autre, la visite de mon grand-père, qui résidait dans le val d’oise.

Jusqu’à ce jour du 1er juin 1970, où de manière imprévue, j’ai choisi cette date de manière prématurée, pour réaliser ma première sortie au grand jour !

En effet, je suis née prématurément à 8,5 mois de grossesse. Soit 15 jours trop tôt. Avec déjà, un petit poids de naissance, soit 2,770 kg.

Ce fût la catastrophe, car ma mère, se retouva seule à la maternité pour accoucher. Et le temps que mon père soit prévenu urgemment, et qu’il puisse débarquer au sens premier du terme, et bien, moi, j’étais déjà là !

Imaginez le choc sidéral, que mon père à reçu, façon « uppercut », lorsqu’il est arrivé, en fonçant, à toute vitesse, à l’hôpital, cherchant son épouse, et que la sage femme, tranquillement, lui à prononcé cette phrase dans le couloir : « Ah ! c’est vous le papa, du p’tit Laurent ! ».

Le ciel à dû lui tomber sur la tête, et le sol s’ouvrir sous ses pieds !

Ma mère, toute seule, à ce moment-là, face à cette situtation insolite, avait dû rapidement, en ni une ni deux, passer au plan B, qui n’était absolument pas prévu au programme. Et donc, avait choisi seule, et à la volée, mon futur « deadname », accompagné du prénom de mon grand-père, comme le voulait souvent la tradition.

C’est dans ce contexte de totale confusion, que j’ai vu le jour, et que ma destinée amorçait déjà, son premier virage à angle droit !

Le jour de mon assignation, restera à jamais pour moi, celui de la trahison !

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