5) Puberté, l’enfer biologique !

Habituellement, quand on évoque l’adolescence, tout de suite, quelques mots clés, résument cette période particulière de transition, entre l’enfance et la vie d’adulte :

Puberté, premiers flirts, premières sorties, crise d’ado, etc …

Lorsque l’on est « Transgenre », les mots utilisés, ne sont pas tout à fait les mêmes :

Enfer, cauchemar, souffrance, isolement, etc …

Pour moi, c’est le moment, où les choses se sont vraiment gâtées !

La puberté représente, ce déclic, où tout bascule du mauvais côté. Elle t’éloigne cruellement, de ce que tu ressens être intérieurement.

Chaque modification corporelle, est vécue comme une véritable souffrance.

L’espoir secret, que tu nourris d’être dans le corps d’une fille, s’amenuit au fur et à mesure, de l’apparition, de chaque caractère sexuel secondaire.

C’est un cauchemar éveillé !

Ton corps, deviens une immense usine chimique biologique.

Quoi que tu fasses, mère nature, te ramène inexorablement, vers ton sexe assigné à la naissance.

Tu ne peux rien faire, tu observes avec désespoir, ton corps changer, et devenir à tes yeux, de plus en plus étranger à toi-même.

Au point de devenir progressivement une prison, une gangue physique qui t’enferme, et étouffe complètement, ton moi profond.

C’est à partir de ce moment-là je pense, que pour fuir cet enfer, je me suis réfugiée dans un monde intérieur très riche, là où subsistait encore, ma véritable essence!

Le replis sur soi, était réactionnel à cette non existence, et à cette transformation monstrueuse, non choisie, qui t’emmène, là où tu ne veux surtout pas aller.

Déjà très timide, cette période de mutation, m’a rendue encore plus solitaire et renfermée.

C’est la pratique de la musique, qui m’a obligée à m’ouvrir aux autres. Sans elle, je serais restée seule, cloîtrée dans ma chambre, chez mes parents.

Avec deux amis de collège, j’ai commencée à apprendre à jouer de la guitare électrique.

L’exil dans l’univers musical, à été mon second échappatoire, après l’astronomie, pour fuir ma condition.

Sans ces 2 passions dévorantes, je ne serai pas là en ce moment, entrain d’écrire ces mots !

L’expression artistique, m’a permise d’entrevoir un langage universel, fait de résonances vibratoires, subtiles et éthérées, situées à la limite du monde physique.

Ainsi, au-delà des apparences, j’avais enfin retrouvée, ce fil conducteur, qui me reliait à mon âme, à mon essence.

Je n’étais plus perdue !

Réfugiée totalement, sur ma terre promise, j’ai essayée de cloisonner ma vie, en sorte, que mon activité artistique, remplisse l’essentiel de mon temps personnel, en dehors de ma scolarité, pour endormir ma tête, et faire le plus possible, abstraction de mon corps physique, et de sa révolution corporelle.

L’astronomie et la musique, étaient devenues, mon OXYGENE, dans cet enfer biologique !

Je déteste cette période, où dans le monde des « pubertaires », on glorifie l’apparition de la moustache, sous la forme d’un duvet ridicule, et tel un passage initiatique, le monde masculin, assimile les premiers rasages, à l’entrée, dans le club des « hommes ».

Tout comme cette voix qui mue, qui fait que, tu ne te reconnais pas toi-même.

C’est vraiment le symbole, de ce corps qui t’échappe, que tu ne contrôle plus.

Une véritable prise d’otage  !

Cet accompagnement sociétale du jeune « dopé à la testo » dans le royaume du mâle, est un endoctrinement psychique ravageur, un parrainage hormonal néfaste, et toxique, pour un Etre, dont l’identité n’est pas complètement construite.

D’ailleurs, contrairement aux jeunes de mon âge, je ne cherchais pas les rencontres amoureuses, ni même les flirts ; je n’étais pas dans la séduction.

Je subissais mon genre assigné.

Lorsque l’on aime pas son propre corps, on ne désir pas l’offrir à qui que ce soit.

Evoluant dans un milieu familial plutôt masculin, la seule image féminine, que j’avais autour de moi, était celle de ma mère.

Je n’ai jamais pu vraiment exprimer ma féminité, d’une manière ou d’une autre. Ce n’était pas envisageable.

Puis, j’ai poursuivi une scolarité sans histoire, sans jamais être attirée sexuellement par les filles ou les garçons.

N’acceptant ni mon corps, ni mes organes génitaux, mon inconscient, face à un tel trauma, pour me protéger, me dirigeait vers l’adoption, d’un comportement asexué.

La puberté m’a vraiment amenée, là où je ne voulais pas aller ! La masculinité !

Parallèlement, au collège, je voyais les filles, qui elles, devenaient des jeunes filles.

Ce qui m’intéressai chez elles, c’était leur façon d’être, leur condition, leur univers. Leur féminité.

Pour moi, elles représentaient, cette liberté de l’être, que je n’avais pas.

J’enviai les filles tout simplement !

A cette période de ma vie, c’était comme si que l’on avait dressé un mur de séparation, malgré moi, pour me couper de cet univers féminin, dans lequel je me reconnaissait totalement. Ce fût une séparation vraiment douloureuse !

Moi, comme beaucoup d’autres, je rêvais quelques fois, de m’endormir le soir, et de me réveiller au matin dans le corps d’une fille.

Mais la réalité, me ramenait toujours, à ma triste condition …

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