7) De l’ombre à la lumière

Quelques mois avant de faire mon coming-out à mes proches, j’avais déjà entrepris quelques démarches, pour préparer ma Transition.

Ainsi, en décembre 2016, ma toute première séance d’épilation laser du visage, fut pour moi, un incroyable accélerateur. J’avais enfin accès, à du matériel professionnel, sous surveillance médicale.

L’intervalle entre deux séances, était alors de 5 semaines.

Sans aucune prise en charge, à ce moment là, je devais financer l’intégralité de mes soins, considérés encore, comme purement esthétiques.

En janvier 2017, j’ai eu recours à une automédication pour débuter un traitement hormonal substitutif (THS). Payant très cher, chaque consultation avec un médecin anglais, via une plateforme internet ; je recevais ensuite, à mon domicile, les prescriptions médicales, ainsi que le THS, depuis une pharmacie, située à Liverpool.

Chaque ordonnance me fournissait un traitement, pour une période de trois mois.

J’ai utilisée deux fois, ce système parallèle, car j’étais vraiment trop impatiente. Mais je savais au fond de moi, que je ne pourrais pas continuer longtemps ainsi, sans un véritable suivi médical. Prendre un THS, sans faire de prise de sang, pour contrôler le dosage, était vraiment risqué.

Travaillant à l’hôpital, je m’étais tout de même, auparavant, bien renseigné sur les signes cliniques, d’un surdosage ou sous dosage, avec l’usage de tels produits.

Pour compléter cette base, j’avais aussi en même temps, repéré en Inde, après une longue enquête, un laboratoire pharmaceutique national, donc officiel, pour me fournir en spironolactone, que j’utilisais à ce moment là, comme anti-androgène.

Mon automédication : 1 patch d’estradiol à changer tous les 4 jours

1 comprimé de spironolatone 100mg – 1 fois par jour

Dès le début de mon traitement, j’ai ressenti, l’apparition de douleurs pectorales bilatérales, premiers prémices de ma poitrine naissante.

Le mois suivant, apparu un petit bourgeon de développement de mon mamelon gauche. Puis ce fut un ressenti très fort, de ma peau devenant plus douce, au niveau du visage, des jambes, des avant bras, du buste, et des paumes des mains.

Progressivement, chaque mois apportait de nouveaux changements physiques.

En trois mois, mes mamelons sont devenus, beaucoup plus sensibles au toucher ; accompagnés de petits tiraillements mammaires.

Lors de mes quelques sorties en public, je constatais aussi, que mon passing s’améliorait de plus en plus. Les vendeuses m’appellaient à présent, Madame sans aucune hésitation. Les autres femmes, soit ne faisaient pas attention à moi, ou me regardaient comme l’une d’elles. Un vrai succès !

Désireuse de poursuivre ma transition sans mettre ma santé en danger, j’ai ensuite, pris la sage décision d’officialiser mon parcours.

Surtout prenez toujours soin de vous, et soyez patiente. Réalisez votre transition tout en douceur, sans aucune précipitation.

Ne soyez pas impatiente, comme moi-même, j’ai pu l’être au début.

Une transition prend du temps, il faut l’intégrer et l’admettre. C’est l’unique condition.

En juin, conjointement avec mon psychiatre et mon médecin traitant, une demande d’ALD a été faite, et acceptée 15 jours après, par ma caisse primaire d’assurance maladie.

Le 22 juin 2017, j’ai annoncé à mon épouse, le choix de mon prénom Laureen.

C’est un moment très important et émouvant pour moi, car j’avais enfin l’impression de reprendre le contrôle de ma destinée, et d’inverser le cours de mon histoire personnelle !

Pour la première fois, je ne subissais plus, mais j’agissais, pour renverser la situation.

Laureen est un prénom anglo-saxon, d’origine Irlandaise. Je souhaitais, qu’il ne s’éloigne pas trop de la sonorité de mon « deadname » associé à mon nom de famille, mais plutôt, utiliser la subtilité de chaque lettre existante, pour en extraire une essence, une résonance féminine.

J’ai aussi, ce lien subtil qui me rattache à l’Angleterre. Durant trois années, je me suis rendue dans la campagne du Sud, dans le comté du Wiltshire. J’ai éprouvé, sur place, de profondes émotions, une immense paix intérieure, et le sentiment étrange, d’être de retour à la maison.

Tout comme ce territoire, ce prénom m’apaise, et me ressemble …

Pour essayer de répondre aux multiples interrogations de ma femme sur ma Transidentité, nous avons décidé, de nous rendre à Paris, à un dîner mensuel, organisé par une association, pour permettre les échanges entre personnes Transgenres. Malheureusement, nous nous sommes senties toutes les deux, très mal à l’aise, car en dehors d’un couple avec qui nous avons sympathisé immédiatement, et avec qui, nous gardons contact,  la majorité des participants étaient plutôt composé de travestis occasionnels, que de réelles personnes transgenres.

Je ne me sentais vraiment pas à ma place ! J’avais besoin de rencontrer, des filles sans double vie, qui assumaient totalement, leur féminité au quotidien, dans toutes les circonstances de la vie.

Afin de poursuivre, la mise en lumière, l’officialisation, de ma Transition, j’ai formulé une demande écrite de changement de prénom, auprès de ma mairie de résidence, et demandé à mon psychiatre, de me délivrer une attestation de parcours, afin de pouvoir librement, me rendre chez un endocrinologue Parisien, et obtenir enfin, un réel suivi médical.

Il m’a demandé d’arrêter mon traitement complètement durant 1 mois, afin de permettre à mon corps d’éliminer toute substance résiduelle de mon automédication, puis d’effectuer un bilan sanguin conséquent, et de venir le revoir avec les résultats. Comme convenu, j’ai fait ce fameux bilan, et suis retournée le voir.

Ainsi, le 17 juillet 2017, j’ai obtenu, ma 1ère ordonnance de THS pour une période de 6 mois, avec une prescription de bilan sanguin, nécessaire pour la prochaine visite de suivi.

THS officielle : 1 comprimé d’androcur 50 mg par jour du 1 au 26 de chaque mois

Une pression d’Estreva Gel par jour, également du 1 au 26 de chaque mois

 

J’ai aussi changé de dermatologue, pour être suivie sur Paris, et avoir enfin, une prise en charge partielle de mes soins, concernant mes épilations laser du visage.

Tout commençait, sereinement, à se mettre en place …

Je désirais redevenir, totalement actrice de ma vie, et semer aujourd’hui, les graines de mon bonheur futur.

Il me fallait transformer, mon jardin secret, en jardin public.

Cette projection de ma Transition, représentait pour moi, l’unique moyen, d’affirmer ma légitimité, aux yeux de tous, et à l’inverse du rejet, me faire une véritable place, au coeur de la société !

Je voulais tout simplement, EXISTER

Le temps était donc venu pour moi, de passer de l’ombre à la lumière !

J’étais enfin prête à tout révéler, et à faire voler en éclat, les murs de ma prison !

J’ai tout d’abord, commencé à annoncer, le démarrage officiel de ma Transition, auprès de mon petit cercle restreint d’amis. L’acceptation à été immédiate, accompagnée d’encouragements, et souvent d’admiration, face au courage et à la détermination nécessaire, pour affronter les épreuves à venir.

Je ne me suis jamais sentie particulièrement courageuse, mais plutôt emplie d’une force, vitale et viscérale, grandissante et indomptable ; animée par une soif insatiable de justice, et de reconnaissance.

Puis, j’ai élargie le périmètre de ce faisceau lumineux, en diffusant progressivement mon annonce, lors de petite conversation individuelle, avec chaque collègue de mon travail.

Je souhaitais procéder ainsi, afin de ne brusquer, et choquer personne.

J’étais consciente, de la portée de chacune de mes paroles, et des réactions multiples qu’elles allaient impliquer !

Entre surprise et stupéfaction, approbation et compassion, telle une bombe, mes révélations ont soufflé, un vent d’étonnement général au sein de mon service.

Personne n’avait rien vu venir.

Tout ceci était bien normal ! Depuis toutes ces années de silence, je maîtrisais, l’art du camouflage, et le culte du secret.

Tant que je n’avais pas décidé, de mettre un terme à ma souffrance, et de m’en libérer, rien ne pouvait transparaitre. RIEN !

Je rappelle au passage, que l’on ne choisit rien, mais que derrière le mot « décider », en réalité, c’est le terme « imposer » qui convient, car Transitionner est la seule solution à notre problématique. Il n’y a pas d’autre alternative. C’est une question de survie. Soit on transitionne, soit on meurt à petit feu.

Finalement, j’ai constaté avec joie, que l’ensemble de l’équipe soignante de mon service, manifestait un réel soutien à ma Transition, et que ma démarche, avait soulevé un intérêt sincère, au sujet de la Transidentité. C’était pour moi, l’occasion de pouvoir répondre, aux questions, et sortir des clichés habituels qui englobent ce sujet méconnu.

Après les vacances d’été, j’ai annoncé officiellement ma Transition à ma hiérarchie.

Par anticipation, j’avais pensé à l’éventualité d’un accueil mitigé, voir même, à un refus total, en raison de mon contact direct avec les patients de l’hôpital, et de la gêne que cette situation sans précédent, et délicate, aurait pu induire au sein de mon unité de soins.

J’étais prête à quitter mon service …

Heureusement, l’accueil de cette nouvelle, à été extrêmement positive, et j’ai reçu immédiatement un fort soutien, de la part de ma cadre de santé.

Elle m’a demandé l’autorisation d’en informer la cadre supérieure, et très rapidement, j’ai vu l’information se répandre largement, au-delà de mon service ; mais toujours de manière discrète et respectueuse, sans rumeur ou bruits de couloir.

Quelques temps après, plusieurs médecins urgentistes m’ont approché, pour également, me manifester leur soutien. C’est vraiment très touchant, dans ces instants fugaces, de sentir le coeur des gens s’ouvrir spontanément, et apporter de manière sincère, force et courage pour la suite. Semblable à la chaleur, et au réconfort, d’une main posée sur votre épaule.

J’aime à dire, que la Transition agit comme une « Révélatrice de coeur ». Sans filtre, elle fait tomber les masques autour de soi, pour que subsiste finalement, uniquement cet amour universel, qui anime le coeur, des personnes qui vous aime réellement, pour ce que vous êtes !

Cette démarche de révélation, et de levé du secret, était vraiment pour moi, une expérience toute nouvelle.

Je n’avais pas réalisé sur l’instant, que cette exposition public, allait faire de moi, officiellement, la toute première personne Transgenre, dans l’histoire de cet hôpital.

C’était une situation totalement inédite !

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