9) L’éclosion

Afin de poursuivre le chemin vers la réconciliation avec moi-même, j’ai souhaité en juillet 2017, prendre contact avec une équipe médico-chirurgicale parisienne pour, conjointement à mon parcours libre, emprunter la route du parcours officiel.

Avant de pouvoir prétendre à l’accès à la chirurgie de réassignation génitale et de féminisation, il faut se soumettre en France, à ce que l’on appelle un « diagnostic différentiel » réalisé par un médecin psychiatre du réseau officiel qui confirmera, en quelques consultations, votre dysphorie de genre.

J’ai donc reçu un énorme questionnaire à remplir et à renvoyer avant mon tout premier rendez-vous.

A la fois complet et complexe, j’ai voulu prendre mon temps pour y répondre. C’était pour moi l’opportunité de pouvoir, pour la toute première fois, coucher sur le papier toute la souffrance accumulée depuis tant d’années et de poser des mots sur le mal être qui me rongeait depuis toujours.

Il m’aura fallu trois jours pour réaliser de la manière la plus sincère et authentique cette introspection.

Psychologiquement, ce n’est pas évident de gérer cette remontée en surface d’un flux énorme d’émotions, longtemps enfouies, refoulées au plus profond de soi et que ce questionnaire libère comme un lâché de barrage. Vous êtes littéralement submergé par vos sentiments.

Organisé comme une biographie, ce questionnaire segmente et passe en revue de manière chronologique et minutieuse, toutes les facettes de votre vie et le vécue de votre dysphorie, tel un scanner cérébral découpe par tranche successive chaque image de chaque portion de votre encéphale.C’est en septembre que j’ai rencontré ce médecin psychiatre pour débuter mon expertise médicale.

La consultation c’est vraiment très bien passée. J’ai eu l’impression d’avoir été réellement entendue et comprise.

Pourtant l’exercice n’était pas facile pour moi, car certaines questions précises sur ma vie intime me donnaient le sentiment de me retrouver complètement nue face à lui. J’éprouvais un peu de gêne de devoir m’expliquer sur des questions que d’ordinaire on ne confie pas à des inconnus.

Moi qui cultivait le secret, là, je devais tout révéler de moi !

Passé le cap de cette étape difficile, j’ai ensuite ressenti beaucoup d’empathie et de bienveillance, émanant de cette personne.

Il semblait très intéressé par mon histoire de vie et notamment par le fait que ma fille m’avait apportait immédiatement son soutien. Ce fait précis lui semblait complètement inédit au regard de la documentation générale sur la Transidentité.

Je me souviendrai toujours de sa phrase, lorsqu’il m’a dit « Mais vous savez que ce que vous me dites là, çà n’existe pas ? ».

J’ai d’abord cru qu’il pensait que je mentais et que je lui racontais des cracks, mais non, il voulait tout simplement me signifier que ce type de situation singulière n’avait jamais été recensée et référencée dans les études réalisées sur la compréhension de la dysphorie de genre. Il désirait ne pas en rester là et souhaitait vivement « médiatiser » d’une façon ou d’une autre cette information nouvelle.

Depuis ce moment, j’ai ressenti une grande relation de confiance s’établir entre nous.

Je pense avoir convaincu rapidement cet expert psychiatre de la légitimité de ma demande car il aura fallu seulement trois rendez-vous pour qu’il me donne son approbation et soumette mon dossier à la RCP du réseau parisien (Réunion de Concertation Pluridisciplinaire) réunissant endocrinologue et chirurgien, afin qu’ils me donnent le feu vert pour la suite, à savoir l’accès à la chirurgie.

Parallèlement à ce passage obligé, lorsque l’on décide de faire un parcours officiel, ce début d’été 2017 aura été aussi de manière bien plus légère, celui de mon premier passage au salon de coiffure pour me faire une couleur et structurer quelque peu mes cheveux.

Enfin, le plaisir d’arriver en étant cent pour cent féminine dans un lieu qui vous est réservé. Pouvoir être juste soi-même et profiter de ce petit moment de réconfort.

De nouveau être une femme parmi les femmes. Du pur bonheur !

L’accueil des deux coiffeuses de ce petit salon à été si chaleureux, qu’immédiatement, je me suis sentie à l’aise et décontractée.

Quelle agréable sensation d’être aux petits soins entre les mains expertes de professionnelles, qui avec passion, essayent de sublimer votre féminité pour que celle-ci s’exprime bien au-delà du miroir ! Ce sont des faiseuses de petits bonheurs.

En effet, en début de transition, nous avons souvent une image encore très critique envers nous-même. Nous ne sommes pas tendre avec le reflet de notre glace. Nous avons comme une sorte de calque de l’image masculine d’avant, qui, tel un filtre visuel, se superpose automatiquement sur le reflet de notre nouvelle image corporelle naissante. Nous ne pouvons nous empêcher, de nous fixer sur certains traits de notre visage, qui pour nous, semblent encore nous trahir, alors qu’en réalité, le changement corporel s’amorce déjà tranquillement et gomme gentiment au fil des mois cette ancienne image.

Alors, ces soins qui vous magnifient revêtent une réelle importance, bien supérieure au sens premier de l’esthétisme. Ils contribuent à soigner vos blessures du passé et vous apprennent tout simplement à enfin vous aimer.

Toujours à la même période, avec mon ALD en poche, j’avais décidé de me rendre sur Paris, dans un cabinet de dermatologie, pour poursuivre les séances de laser que j’avais déjà commencé pour éradiquer les poils noirs de mon visage, mais surtout aussi, des séances d’épilation électrique, appelées communément électrolyse, pour les poils blancs. C’est un complément obligatoire, lorsque l’on a malheureusement comme moi, des poils blancs sur le visage qui échappent au traitement laser. Cette démarche est essentielle dans l’accompagnement médical de la transition.

C’est le seul moyen efficace pour éradiquer de manière définitive ces poils indésirables.

Après avoir établi un devis plus une évaluation des soins à accomplir avec la dermatologue, le traitement pouvait enfin commencer.

Avant chaque séance d’épilation, il faut raser le jour-même la zone à traiter et ,surtout, bien suivre scrupuleusement les recommandations comme, ne pas s’être exposée au soleil quelques jours auparavant et surtout, se présenter sans aucun maquillage avant le soin.

Dans ce cabinet, contrairement à ce que j’avais déjà expérimenté ailleurs, la douleur est quasi inexistante. Les praticiennes utilisent un système d’air réfrigéré qu’elles diffusent sur le visage de manière simultanée avec les tirs du laser. Cela anesthésie complètement la zone traitée. Ensuite, elles vous apposent des poches de glaces qu’elles laissent en place quelques minutes, puis vous appliquent une crème apaisante.

En revanche, pour l’électrolyse, il ne faut pas se raser soixante douze heures avant chaque séance afin de permettre au praticien d’attraper un à un chaque poil blanc avec une pince à épiler avant l’introduction de l’aiguille. Ce n’est pas hyper douloureux mais l’on ressent tout de même un petit quelque chose.

Moi, ce qui m’a le plus impressionnée, c’est la rapidité d’exécution du praticien et sa dextérité. Je ne pensais pas qu’il irait aussi vite.

Visuellement, c’est un peu impressionnant, car au milieu de son halo lumineux se trouvait une petite vitre dans laquelle je voyais parfaitement toute la scène. Ressentir et voir, c’est pas tout à fait la même chose !

Et puis finalement, au bout de quelques minutes, je me suis rapidement habituée à cette nouvelle sensation cutanée, rythmée par le son incessant du signal émis par l’électrode à chaque follicule pileux traité.

Puis le temps passe tranquillement. De temps à autre, on vous repasse une compresse imbibée de désinfectant puis, à la fin de la séance, on vous applique une crème apaisante.

Personnellement, j’ai trouvé que ce n’était pas si douloureux que çà. Je m’attendais à bien pire ! Mais il faut l’admettre, nous ne sommes pas toutes égales face à la douleur.

Le ressenti est vraiment propre à chacune d’entre nous.

Ainsi, entraînée de rendez-vous en rendez-vous, de consultations en consultations et de soins en soins, j’étais lancée tête baissée dans une nouvelle dynamique à un rythme effréné, partagée entre mon travail à plein temps et les démarches nécessaires à ma transition.

Je ne réalisais pas encore à quel point j’étais déjà en train d’éclore.

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